Retour vers le futur : anticiper les maladies neurodégénératives ?
1,4 millions. C’est le nombre de personnes touchées en France en 2025 par la maladie d’Alzheimer, une des maladies neurodégénératives les plus fréquentes. Ces dernières représentent un réel enjeu de santé publique et une priorité de recherche en neurosciences. Une science qui se développe, afin de comprendre les causes éventuelles de l'apparition de ces maladies, et qui se questionne pour rendre un diagnostic le plus fiable et personnalisé possible.
♫ Playlist de chercheur·e, le podcast qui donne de la voix aux sciences ! Des chercheuses et chercheurs sélectionnent trois morceaux qui résonnent avec leur sujet de recherche pour un papotage scientifique en musique ♫
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La playlist de Perrine Siguier, docteure en neurosciences :
- « Sail », Megalithic symphony, Awolnation, 2001
- « Back to the future », Alan Silvestri, extrait du film Retour vers le futur, Robert Zemeckis, 1989
- « Papigo », The Ravished Bride, Kočani Orkestar, 2008
Les troubles et maladies affectant le cerveau, par leur hétérogénéité, sont difficilement définissables. C’est pourtant ce que tentent de faire les neurosciences, les sciences du cerveau, au moins d'en comprendre la diversité, à travers leurs manifestations symptomatiques et biologiques.
La maladie d’Alzheimer, par exemple, possède des symptômes très caractéristiques, comme la perte de la mémoire épisodique, et des indicateurs biologiques, comme la protéine de Tau (« Chez une personne saine, la présence de Tau dans le liquide céphalorachidien (est faible : celle-ci y est sécrétée par les neurones puis éliminée dans le sang. Mais, chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, la structure de Tau se modifie et ne peut plus remplir son rôle normal à l’intérieur des neurones. Elle s’y accumule sous une forme pathologique, ce qui perturbe le fonctionnement du cerveau », rapporte l'Inserm début 2026).
L’augmentation de l’occurrence de ces maladies dites « neurodégénératives », comme la maladie d'Alzheimer, pousse d'autant plus la recherche à se pencher sur les causes de leur apparition (Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives 2025-2030).
Et si les troubles du neurodéveloppement (comme le trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité - TDA/H) étaient des facteurs de risque des maladies neurodégénératives ? À Toulouse, Perrine Siguier, docteure en neurosciences, est retournée dans le passé pour tenter d’expliquer le futur. Elle a enquêté sur la vie de 84 patient·es atteint·es de deux types de maladies neurodégénératives : la maladie d’Alzheimer et la démence fronto-temporale, afin d’y déceler la présence d'une vulnérabilité neurodéveloppementale.
Dans le cadre de cette étude, les résultats indiquent que chez les patient·es avec une vulnérabilité neurodéveloppementale, les maladies neurodégénératives apparaissent plus précocement (en moyenne 8 ans plus tôt) que chez les patient·es sans vulnérabilité neurodéveloppementale. « Des résultats qui nécessitent d'être répliqués. C'est un petit échantillon et il y a bien évidemment des biais méthodologiques », précise Perrine.
Ce travail de recherche s'est aussi révélé être un moyen pour les patient·es et leur entourage de parler de leurs vécus. Ces histoires de vie, riches, permettent de comprendre que l'apparition des maladies neurodégénératives est multifactorielle. Comme le dit Perrine : « Les gens sont complexes. Il est très difficile d’isoler un quelconque effet des troubles du neurodéveloppement sur les maladies neurodégénératives. C’est toujours une recherche imparfaite. » Une recherche qui laisse la place à de multiples questionnements, allant de la nécessité du diagnostic à la catégorisation des troubles, en passant par l'interrogation sur la notion de « normalité » en neurosciences.
Perrine Siguier est docteure en neurosciences de l'Université de Toulouse au sein du Laboratoire de neuropsycho linguistique - LNPL (Université Toulouse Jean-Jaurès) et du Toulouse Neuro Imaging Center - ToNIC (Inserm, Université de Toulouse). Elle est actuellement en post-doctorat au sein de ces deux laboratoires. Sa thèse s'intitule « Variantes atypiques des maladies neuroévolutives cognitivo-comportementales : caractérisation neuropsycholinguistique & lien avec les troubles du neurodéveloppement » et a été encadrée par Jérémie Pariente, enseignant-chercheur en neurosciences à l'Université de Toulouse et responsable du service de neurologie comportementale du département de neurologie du CHU de Toulouse Purpan, et Mélanie Jucla, enseignante-chercheuse en sciences du langage à l'Université Toulouse-Jean Jaurès.
Aller plus loin :
« Alzheimer : découverte de l'implication de nouvelles cellules dans l'apparition et la progression de la maladie », Inserm salle de presse, 2026
« Chez Christian et Renée, Alzheimer n'est pas invitée ! », Les Volontaires, Inserm podcasts, 2024
« Alzheimer et démences : comprendre la perte de mémoire », mission 30 minutes santé, Inserm YouTube, 2024
L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Oliver Sacks, 1985
Une vie démente, Anne Sirot et Raphaël Balboni, Arizona Distribution, 2021
Playlist de chercheur·e est une série de podcasts Exploreur - Communauté d'universités et établissements de Toulouse. Journaliste : Eva Bouloux. Rédaction : Eva Bouloux. Conception, coordination et suivi éditorial : Clara Mauler et Eva Bouloux. Coproduction et réalisation avec Campus FM : François Berchenko et Thomas Delafosse. Ces recherches et cet épisode ont été financé·es par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR). Cet épisode est réalisé et financé dans le cadre du projet Science avec et pour la société « CONNECTS » porté par la Communauté d'universités et établissements de Toulouse.



