[Mondes sociaux] Le réseau provincial de la recherche, une excellence sous-estimée ?

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Cultures・Sociétés

[Mondes sociaux] Le réseau provincial de la recherche, une excellence sous-estimée ?

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Depuis 2010, en France, les politiques relatives à l’enseignement supérieur se concentrent sur les villes qui réunissent de grandes masses de chercheurs. Les « petites » villes se retrouvent dans une situation paradoxale parce qu’elles font à la fois l’expérience d’une croissance importante de leurs effectifs d’étudiants et de chercheurs et celle de politiques qui tendent à les cantonner à une position subalterne d’intérêt purement local. L’analyse des publications scientifiques montre qu’en réalité, leur contribution à la science mondiale ne cesse de s’accroître et que leurs chercheurs sont de plus en plus engagés dans des collaborations internationales.

Par Max Bouyssières, étudiant en Master Recherche et études sociologiques de l'Université Toulouse Jean Jaurès.

Depuis 1990, les gouvernements de tous les pays occidentaux ont mis en place des politiques d’excellence qui impliquent qu’un nombre limité de chercheurs et de secteurs, considérés comme excellents, bénéficient de financements exclusifs ou majorés. En France, des politiques d’excellence de la recherche ont été mises en œuvre à partir de 2010 avec les PIA (Plans d’Investissement d’Avenir) successifs.

Des politiques qui délaissent les sites scientifiques secondaires

Dans les décennies précédentes, les gouvernements avaient mis en place des politiques plutôt orientées vers le rééquilibrage territorial de la recherche. L’idée était de soutenir le développement de l’enseignement et de la recherche sur l’ensemble du territoire. Cette action visait à réduire l’inégalité entre les territoires en matière de recherche. La recherche telle que pensée à partir de 2010 s’éloigne au contraire de cette idée puisqu’elle se fonde sur l’idée d’une concurrence entre les territoires en valorisant financièrement ceux qui sont considérés comme les plus « productifs », en vue d’une visibilité internationale.

Les récentes politiques de l’État français orientent ainsi la recherche vers une conception de l’excellence susceptible d’être valorisée internationalement. Ces politiques conduites à partir de 2010 ont pour conséquence de délaisser les petits et moyens sites scientifiques. Elles visent à renforcer la recherche dans les grandes villes au détriment des plus petites en ignorant l’existence des dynamiques locales de ces dernières. Les petits sites sont notamment invités depuis la seconde moitié des années 2000 à se fondre dans de grandes fédérations d’établissements.

Cette logique est apparue avec la loi d’orientation de programme et de recherche mise en application par le gouvernement Villepin le 18 avril 2006, créant des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES), puis a évolué le 22 juillet 2013 avec l’apparition des Communautés d’Universités et Établissements (COMUE) introduites par Geneviève Fioraso dans la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche. Or les petits sites ont beaucoup moins de chance de « peser » dans les négociations de ces coordinations que les grands centres.

 

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Mondes sociaux
                                                        

 

Référence bibliographique

  • Milard B., Grossetti M., 2019, « Excellence everywhere? Regional development of French scientific output and visibility », Regional Studies, vol.53, n°10.