Parkinson : test de personnalité, avec Mathilde Boussac

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Vivant・Santé

Parkinson : test de personnalité, avec Mathilde Boussac

Mathilde Boussac Exploreur

La série « Les 2 font la paire » met en scène des couples insolites… Un ou une scientifique et un objet. Découvrez pourquoi ils se sont choisis et ce qu’ils représentent l’un pour l’autre.

Par Lucas Cousinet et Hélène Pierre, de l’équipe Exploreur.

Pour ce portrait original, l’équipe Exploreur a demandé à des chercheurs de différentes disciplines de venir avec un objet évoquant leur thématique de recherche. Une occasion de parler de leurs travaux, de leur métier, des rencontres qui les ont marqués durant leur parcours et de ce qui les anime dans leur quotidien, en laboratoire ou sur le terrain.

couteau suisse
© 2021 - Sébastien Chastanet, OMP

 

Mathilde Boussac est doctorante à l’Université Toulouse III - Paul Sabatier au  laboratoire Toulouse NeuroImaging Center - ToNIC. Elle a choisi le couteau suisse pour aborder ses recherches sur l’impact de la personnalité dans le traitement de la maladie de Parkinson.

« Je ne suis pas psychologue, je suis neuroscientifique. »

portrait Mathilde Boussac
© 2021 - Sébastien Chastanet, OMP

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative. Elle conduit à la disparition progressive de neurones dans le cerveau. Cette maladie se caractérise souvent par des symptômes moteurs, comme des tremblements, de la lenteur ou des rigidités. Il existe aussi des symptômes non moteurs comme la fatigue, les troubles du sommeil, les douleurs, mais aussi des troubles psychologiques comme l’anxiété ou la dépression. Il existe aujourd’hui des traitements médicamenteux pour réduire ces symptômes. Il est aussi possible de pratiquer un traitement chirurgical par stimulation cérébrale via des électrodes placées dans le cerveau du patient. 

Pour comprendre la variabilité de la réponse au traitement par stimulation cérébrale chez différents patients, Mathilde Boussac utilise la personnalité comme un outil. A l’image du couteau suisse, un outil au multiple fonction, elle utilise les multiples facettes de la personnalité pour définir les traits de chaque patient. Pour cela, les patients sont interrogés lorsqu’ils se rendent à l'hôpital avant leur opération chirurgicale. Un an après, les patients reviennent répondre à des questionnaires dont celui de l’évaluation de la qualité de vie qui sera comparée avec les données récoltées avant l’opération. A partir de ces informations, Mathilde Boussac élabore des scores sur différentes facettes de personnalité afin d’établir des liens potentiels entre ces scores et la qualité de vie. 

« Deux patients qui vont avoir les même symptômes ne vont pas avoir le même ressenti sur la maladie. »

Il faut cependant comprendre que la qualité de vie est très subjective et varie en fonction de chaque individu. Les symptômes peuvent être plus présents sans pour autant réduire la qualité de vie. Tout comme une amélioration des symptômes grâce au traitement ne conduit pas toujours à une amélioration de la qualité de vie. Ces questionnaires sont donc remplis directement par le patient pour qu’il puisse donner son propre ressenti. Conçu pour la maladie de Parkinson, il évalue différentes difficultés auxquelles les malades doivent faire face au quotidien et leur ressentis lorsqu’ils y sont confrontés : mobilité, réaction face aux activités de la vie quotidienne, par exemple, mais aussi sur des aspects plus émotionnels comme l’anxiété, la tristesse ou la solitude. En effet, il est possible d’aller mieux sur le plan physique grâce au traitement sans pour autant avoir une amélioration sur le plan émotionnel.

Les scores donnés par les questionnaires sur la personnalité ne sont ni bons ni mauvais. Chacun des sept scores représente simplement une tendance de personnalité sur un spectre des possibles. Une orientation vers un tempérament impulsif et curieux des patients, un tempérament anxieux et timide, ou le besoin social des individus ou encore leur niveau de persistance et de persévérance. Enfin, la détermination personnelle, la coopérativité et le degré de croyance sont aussi évalués par ce questionnaire. Des scientifiques ont déjà démontré que la personnalité des patients pouvait influencer leur réponse à différentes prises en charge comme la gastroplastie par anneau gastrique dans le cas de l’obésité, ou encore les antidépresseurs dans le cas de la dépression. Il est donc possible que la personnalité influe aussi sur la qualité de vie après un traitement par stimulation cérébrale. 

 

> Écoutez l’interview de Mathilde Boussac. Réalisation : © Lucas Cousinet (Université fédérale Toulouse Midi-Pyrénées, Campus FM Toulouse, Quai des savoirs).

 

ToNIC : Toulouse Neuro Imaging Center (Inserm, Université Toulouse III – Paul Sabatier)