Coup de projo sur les missions Apollo !

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Terre・Espace

Coup de projo sur les missions Apollo !

Astronaute sur la Lune lors d'une mission Apollo

De 1961 à 1972, 12 hommes foulent le sol lunaire sous les bannières de la NASA. 13 887 clichés sont pris. Alors que la mission Artémis 2, prévoyant un retour sur la Lune, est programmée pour septembre 2025, l’exposition Unseen Apollo vous propose de voir la Lune comme vous ne l’avez jamais vue ! Avec son œil affûté, le photographe Jef Bonifacino a patiemment étudié toutes les photographies du programme Apollo pour faire revivre ces archives et en tirer tout le potentiel artistique. Un regard inédit et poétique à découvrir à la Cité de l’Espace jusqu’au 5 mai 2024.

Mini expo : Une série de galeries artistiques, esthétiques, patrimoniales et scientifiques pour découvrir le monde autrement. Les scientifiques se transforment en chargé·es d’expositions et partagent en images les coulisses de la recherche.

Astronaute photographié sur la Lune lors d'une mission Apollo
Océan des Tempêtes avec Alan Bean et Pete Conrad (reflet)  - Ocean of Storms with Alan Bean and Pete Conrad (reflexion)Apollo 12 Magazine 49/Z NASA photographs 1969 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005Editing, levels-adjusted, creation 80x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

Le regard de l’astronaute 

Cette photo provient de la deuxième mission lunaire, Apollo 12. Mais problème : au moment du tirage, sans signe distinctif on ne sait pas qui prend en photo qui ! Oups. Sachez qu’à partir de là, les astronautes reçoivent une marque de couleur sur leurs combinaisons pour les différencier ! 

Prendre des photos fait partie de l'entraînement, comme d’installer les expériences scientifiques ou ramasser des pierres avec une pince, et les astronautes s'entraînent des mois sur Terre avant de partir. Avec leur appareil sur le ventre et un sac de 80 kg dans le dos, les prises de vues sont, malgré tout, souvent hasardeuses. Heureusement, l’Hasselblad, appareil photo suédois utilisé par le programme Apollo, est équipé d'un objectif avec une grande profondeur de champ et il n'avait qu'à être pointé dans la bonne direction pour prendre une photo.

 

Astronaute et véhicule itinérant lunaire photographiés sur la Lune lors d'une mission Apollo
Monts Apennins, LM (module lunaire) et LRV, soit « Véhicule Itinérant Lunaire » - Apennine Mountains, LM (Lunar Module) and LRV (Lunar Roving Vehicle) Apollo 15 Magazine 82/SS NASA photographs 1971Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005 Editing, levels-adjusted, creation 145x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory2023

 

Objectif Lune

Voyez-vous toutes ces petites croix sur l’image ? Ce sont les marques du verre de visée, une plaque de verre avec des croix de repérages, placée juste devant le film et servant à effectuer des mesures scientifiques. C’est qu’au départ, les clichés pris sur la Lune sont avant tout destinés à des fins scientifiques et politiques. 

Le photographe Jef Bonifacino, à la croisée de l’art et du documentaire, a travaillé avec Serge Chevrel, passionné des missions Apollo et spécialiste de la géologie de la Lune à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP). « Quand il regarde des photos de la Lune, il est chez lui ! plaisante Jef. Cette collaboration a été très enrichissante, car j’avais vraiment à cœur, à travers mon travail, de faire (re)découvrir la Lune de mon point de vue, mais avec sa vraie histoire. Au départ, je dois avouer que c’était assez intimidant de travailler sur ces archives, il m’a fallu un petit temps pour me les approprier avec mes idées, mes envies, et Serge m’a aidé à rester dans le juste et à ne pas me perdre ! »

 

Lune photographiée lors d'une mission Apollo
Vallée de Taurus-Littrow et LRV, le rover lunaire - Taurus-Littrow Valley, LRV (Lunar Roving Vehicle) Apollo 17 Magazine 146/FNASA photographs 1972 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005 Editing, levels-adjusted, creation 110x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

Il faut changer la pellicule !

Ces traces rouges et oranges que l’on voit sur ces photos ne sont pas une fantaisie de l’artiste ou un coucher de soleil lunaire, mais la marque de la fin d’une pellicule en partie voilée. Déformation de la lentille face au Soleil, diffraction de la lumière, problèmes de développement… sont autant d'artéfacts techniques ou chimiques que l’artiste a voulu mettre en valeur dans ses montages. Ils sont aussi les gardiens du statut de l’image argentique chère au photographe, qui travaille avec le même appareil photo que ceux utilisés à l’époque par la NASA (National aeronautics and space administration, l'agence spatiale civile américaine). Pour Jef, tous ces clichés constituent un trésor : « Tout est vrai dans ces images, je les ai composées à partir des scans bruts issus des archives photo des missions Apollo pour montrer autrement ce que l’on croit savoir et que l’on a déjà vu, redonner une importance visuelle à des photographies imparfaites et libérer leur potentiel d’émerveillement. »

 

Lune photographiée lors d'une mission Apollo
Monts Apennins, traces de roues du LRV, le rover lunaire - Apennine Mountains, wheel tracks of the LRV (Lunar Roving Vehicle)Apollo 15 Magazine 87/KK NASA photographs 1971 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005Editing, levels-adjusted, creation 140x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

Apollo 15, en avant les photos !

Une accumulation d’images qui a du sens ! À partir d’Apollo 15, en 1971, les prises de vue se multiplient. Les astronautes partent désormais munis d’un appareil chacun et ont des moyens techniques (le Rover notamment, LRV, lunar roving vehicle, « véhicule itinérant lunaire ») leur permettant d'accroître considérablement leur rayon d’exploration. « Au fur et à mesure des missions, on découvre de plus en plus de paysages, des sites absolument prodigieux. » À la fin du programme Apollo, le LEM  (lunar excursion module, véhicule spatial utilisé pour se poser sur la Lune) pouvait atteindre des endroits plus difficiles d’accès en alunissant. Les deux dernières missions ont pu se poser au plus près de montagnes lunaires pour le plus grand bonheur des scientifiques et rapporter de plus en plus d’images, pour celui de Jef ! 

La Lune ayant une très faible atmosphère, on est proche du vide intersidéral, il n’y a quasiment pas de matière, de vent et donc pas d’érosion… toutes les traces laissées (par les astronautes, les machines…) y restent pour très longtemps. Il est encore possible de voir les empreintes de Neil Armstrong, resté 2h30 sur place en 1969 durant la Mission Apollo 11 !

 

Lune photographiée lors d'une mission Apollo
Vallée de Taurus-Littrow,  cratère Shorty - Taurus-Littrow Valley, Shorty crater Apollo 17 Magazine 147/C NASA photographs 1972Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005 Editing, levels-adjusted, creation 105x60 Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

Lumière magique et distance trompeuse

Des couleurs magiques sans aucune modification ! Jef n’a joué que sur les contrastes, jamais sur les couleurs. La teinte orangée que l’on distingue sur la gauche (vous voyez l’astronaute en tout petit ?) est un accident, une pellicule en partie voilée. Coïncidence, c’est au bord de ce cratère qu’une vraie roche orangée a été découverte, témoignant de la présence de fer sur la surface lunaire. Cette « beauté au-delà du réel connu » vient parfois des accidents de lumière sur les pellicules, mais aussi de la clarté crue présente sur la Lune due à la très faible atmosphère dont témoignent les astronautes. Sur Terre, l’atmosphère filtre et dévie les rayons du Soleil, alors que sur la Lune, ils arrivent directement dans l’objectif. D’après eux, cette limpidité visuelle trompait d'ailleurs l’appréciation des distances et quand ils pensaient voir un petit caillou à côté, en fait il pouvait s’agir d’une roche de la taille d’une maison beaucoup plus éloignée !

 

Lune, rover et drapeau américain photographiés lors d'une mission Apollo
Cratère Descartes, LRV ou rover lunaire et le drapeau américain - Descartes crater, LRV (Lunar Roving Vehicle) and the American flagApollo 16 Magazine 107/C NASA photographs 1972 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005Editing, levels-adjusted, creation 100x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

La voiture la plus chère du monde

Le Rover lunaire est un peu la mascotte automobile de la NASA. Affectueusement surnommé « moon buggy » (petite voiturette lunaire), cette astromobile est le premier véhicule électrique de l’Histoire. Elle a été fabriquée quatre fois et chacun des exemplaires a coûté 4,5 millions de dollars, ce qui en fait aussi la plus chère ! Ce petit engin tout-terrain biplace à l'allure rustique s’est glissé replié dans la soute du LEM lors des missions Apollo 15, 16 et 17 et se dépliait automatiquement ! Sur Apollo 17, la dernière mission, le Rover a effectué trois sorties de 8 heures, ce qui a permis aux astronautes américains de prospecter un plus grand nombre de sites et d’améliorer considérablement notre compréhension de la géologie et de la formation de la Lune. En tout, ce sont 382 kg de roche qui ont été prélevés et ramenés sur Terre par le programme Apollo.

 

Lune et astronaute photographiés lors d'une mission Apollo
Monts Taurus, LACE (analyse la composition de l'atmosphère lunaire) - Taurus Mountains, LACE (Lunar Atmospheric Composition Experiment) Apollo 17 Magazine 147/A & Apollo 17 Magazine 134/BNASA photographs 1972 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005 Editing, levels-adjusted, creation 150x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory2023

 

On rigole un peu !

Les seules photos posées sont en général celles près du drapeau américain, les autres montrent les roches et les astronautes en train de travailler. C’est la dernière sortie des astronautes avant de reprendre le chemin de la Terre, alors on se lâche ! « J’ai choisi cette photo pour le côté humain, ce qu’ils vivent est extraordinaire, ils sont constamment sous tension, mais ils restent des hommes et ont aussi besoin de déconner un peu ! » explique Jef dans un grand sourire. Le voile de lumière vient du fait que la pellicule a pris la lumière au moment de la rembobiner, la technologie non plus n’est pas infaillible ! « Pour les astronautes « Failure is not an option » : l'hésitation, le doute, la contemplation et la rêverie ne sont pas autorisés. Mais dans Unseen Apollo, la lumière devient sujet, s’émerveiller est permis, être perdu est permis. »

 

Lune et astronaute photographiés lors d'une mission Apollo
Taurus Mountains avec un astronaute - Apollo 17 Magazine 137/C & 138/L - NASA photographs1972 Unprocessed Hasselblad film scans by Johnson Space Center, circa 2005 Editing, levels-adjusted, creation 100x60 cm by Jef Bonifacino / Résidence 1+2 Factory 2023

 

L’une… et l’autre

Les astronautes photographient en couleur et en noir et blanc lors d’une même mission. Pour Apollo 17, l’artiste a retrouvé le même paysage (« validé par les scientifiques ») photographié dans ces deux variantes et a pu les réunir. « En règle générale, j’ai fait le choix de raccorder les horizons des différentes photos choisies pour unifier les compositions. En suivant la crête des montages, mais en laissant apparent le décrochage entre les images, plus haut, plus bas, et avec les bords de négatifs apparents. J’essaie de restituer le regard des astronautes, retrouver leur point de vue derrière les images, leurs mouvements, leurs déplacements. »

 

Pour continuer l’exploration… Unseen Apollo - le film  

 

 « Pour ce film, réalisé à deux regards avec mon frère, Julien Bettelheim, et avec les musiques de Benjamin Bossone, je n’ai pas suivi d'ordre chronologique. L’idée principale est de raconter un seul voyage Terre - Lune, à partir de toutes les missions Apollo, de participer à l’aventure de tous ces pionniers et de faire rêver. N’oubliez pas de sélectionner HD dans les paramètres ! Travailler avec des scientifiques m’a permis de m'approprier la matière, tout connaître, pour ensuite m’en détacher et créer. Pour autant, mon travail reste documentaire, tous les crédits sont indiqués à la fin du film et pour chaque image de l’exposition, une légende est attachée qui permet aux spectateurs et spectatrices de retrouver l’origine des photographies archivées et mises en ligne par la NASA et pourquoi pas s’ils le souhaitent de découvrir d’autres images, des milliers d’heures de sons et de vidéos afin de continuer l’exploration ! » Jef Bonifacino



Jef Bonifacino est photographe indépendant. Il développe des projets à la croisée de l’art et du documentaire, le plus souvent au long cours sur des thématiques sociales ou environnementales. Il établit ainsi des liens entre différents espaces, afin de questionner la relation de l’être humain à son environnement et son Histoire. Il est lauréat de la résidence Factory #13 dans le cadre de laquelle il a réalisé le projet intitulé Unseen Apollo. Il y a travaillé du 1er juin au 13 juillet 2023 à la Cité de l’espace de Toulouse. L’exposition y a lieu du 26 septembre 2023 au 5 mai 2024. Le « 1+2 Factory » accorde photographie et science. C’est un dispositif de résidences photographiques en institutions, laboratoires de recherches et/ou entreprises. À l’initiative du photographe Philippe Guionie, la résidence 1+2 est depuis fin 2015 un festival de résidences de création ancré à Toulouse et en Occitanie. Sur une période donnée (1 à 6 mois), un·e photographe crée une œuvre inédite. Le programme « 1+2 Factory » constitue une pépinière de photographes aux écritures différentes pour un partage des savoirs vers tous les publics.

Avec la contribution précieuse de Serge Chevrel, enseignant-chercheur en astronomie et planétologie, au sein de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie - IRAP (CNRS, Université Toulouse III - Paul Sabatier, CNES, Observatoire Midi-Pyrénées). Il est spécialiste de la géologie de la Lune.

 

Mini expo est une série Exploreur - Université de Toulouse. Journaliste : Naomi Vincent. Visuel : Delphie Guillaumé et Caroline Muller. Conception et suivi éditorial : Clara Mauler. Cet épisode a été réalisé dans le cadre de la Nuit européenne des chercheur·es et en partenariat avec la Résidence 1+2.