Des contes sur le bout des doigts

Partagez l'article

Vivant・Santé

Des contes sur le bout des doigts

phot de Carolane Mascle avec un livre adapté enfant mal ou non voyant

Il était une fois… Ces quelques mots suffisent à convoquer tout un imaginaire de notre enfance : des histoires de princes et princesses, de pirates, d’animaux parlants, mais aussi des images et illustrations qui amenaient le conteur à lire le livre tourné vers son auditoire. Mais qu’en-est-il pour les enfants déficients visuels ? Carolane Mascle cherche à mieux le comprendre pour concevoir des livres adaptés.

La série Les deux font la paire met en scène des couples insolites… Un.e scientifique et un objet du quotidien. Découvrez pourquoi ils se sont choisis...

 

Le petit chaperon rouge livré adapté enfant non mal voyant

Zoom sur l’objet

Pour illustrer ses recherches, Carolane a sélectionné deux livres. Le premier est un album illustré du Petit Chaperon rouge, célèbre conte de Charles Perrault. Le second est parsemé de ronds texturés, de bosses et autres reliefs. C’est la version adaptée du même conte. Le chaperon y est représenté comme un petit disque rouge en feutrine face au grand méchant loup qui devient un gros disque noir en poils synthétiques. Cela surprend face aux illustrations du premier livre riche en détails sur les émotions des personnages, leurs postures, leurs vêtements et le décor de l’histoire. Comment en arrive-t-on à de tels choix d’adaptation ?

 

Le petit chaperon rouge conte adapté enfant mal non voyant

Zoom sur la science

Lorsqu’un enfant sans handicap visuel observe un paysage, l’image est perçue dans sa globalité, grâce au cerveau qui traite d’abord l’information dans son ensemble. Dans un second temps, l'œil se focalise sur les détails et traite l’image de façon plus précise. Les illustrations attrayantes et colorées des livres pour enfants offrent ainsi un contexte et aident à définir le cadre de l'histoire. Images, sons et mots résonnent et se répondent.

Pour un enfant portant un handicap visuel, on pourrait croire qu’il suffirait de mettre les illustrations en relief et de les texturer. Mais il n’en est rien. La représentation que se fait une personne déficiente visuelle des choses qui l’entoure est différente de celle d’une personne bien voyante. Elle se fait par l’expérience, la pratique et les autres sens que la vue : le toucher des textures, l’odeur…

Par exemple, l’illustration du loup, dans la version adaptée du conte de Perrault, est un gros disque texturé et le chaperon est un petit disque. Cela donne l’idée de deux personnages distincts et du rapport de force en faveur du loup. Ce qui suffit pour les représenter. Davantage de détails à percevoir et deviner du bout des doigts seraient laborieux et perdraient le jeune lecteur.

Dans une volonté de produire des solutions pratiques et concrètes pour les enfants malvoyants et non-voyants, Carolane effectue avec des familles un travail de co-construction de nouveaux livres adaptés. C’est ainsi que l’on peut créer des illustrations qui semblent différentes, mais qui, une fois proposées à leurs lecteurs de prédilection, produisent le même sens.

 

dessin bus enfant mal voyant

  • Que représente ce dessin ?

    Un bus ! Ce dessin a été réalisé par un enfant non-voyant de naissance. Il s’agit en fait de sa perception d’un bus. Il le perçoit par l’usage : les trois lignes horizontales représentent les marches qu’il emprunte pour monter dans le bus et la ligne verticale signifie la barre à laquelle il se maintient debout pendant le trajet.
     

dessin bus

 

 

Cette représentation texturée d’un bus serait trompeuse pour un enfant malvoyant, car il n’identifierait au toucher que deux roues : donc davantage une moto ou un vélo. Le fait que les deux autres roues soient cachées n’est pas évident pour lui.

 

 

 

Carolane Mascle est post-doctorante en psychologie cognitive à l’Université Toulouse II - Jean Jaurès, au sein du laboratoire Cognition, langues, langage, ergonomie (CLLE). Elle a reçu le Prix de thèse 2021 de la Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de Toulouse. 

Les deux font la paire est une coproduction Exploreur (Hélène Pierre, Justine Mingot, Sofian Charaabi et Clara Mauler) - Campus FM (François Berchenko et Antoine Riou). Photos : Sébastien Chastanet, Observatoire Midi-Pyrénées. Réalisé dans le cadre de La Nuit européenne des chercheur·e·s.