Santé : la contraception est-elle une affaire de genre ?

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Santé : la contraception est-elle une affaire de genre ?

couple avec préservatif

La contraception médicalisée en 2022, un sujet discuté par les femmes et les hommes ? Quels effets physiques et enjeux sociaux ? Comment s'informer et choisir qui avale la pilule ? Tels sont les thèmes abordés dans ce nouvel épisode d’Au Crible de la Science, la série de podcasts réalisée avec et pour les lycéen.nes.

Pilule, stérilet, implant ou encore slip chauffant… Le panel des moyens de contraception évolue, tout comme les lois qui les encadrent. Zoom sur la contraception médicalisée avec la socio-anthropologue Leslie Fonquerne et la gynécologue Danielle Hassoun qui répondent aux questions des lycéen.nes du Lycée Anne Veaute de Castres.

Morceaux choisis

« Quand on prend un médicament, il est évident qu'un certain nombre de personnes ont des effets secondaires. Dans l'ensemble de la population de femmes qui prennent la pilule, les effets secondaires existent, mais ils sont plutôt rares. Pour la baisse de libido ou les troubles d'humeur, il est probable que certaines femmes sont plus sensibles à l'effet des hormones. Mais on lie parfois des effets secondaires à la pilule, alors que ce n'est pas toujours le cas. Pour la prise de poids, par exemple, c’est plutôt une conséquence du changement du corps, vers 17 ans, un effet de l’âge, plutôt que de la pilule. »

« Il y a des a priori sur les contraceptifs chez les femmes et les hommes. Mais il y a aussi des a priori chez les médecins. Les évolutions ont donc été très lentes. Par exemple, le stérilet est une très bonne méthode de contraception, non dangereuse pour les jeunes femmes qui n'ont pas eu d'enfant. Mais cela a mis énormément de temps, et encore ça n'est pas terminé, pour vaincre les réticences des professionnels de santé. On met très longtemps à accepter des recommandations scientifiquement validées. »

« Une loi de janvier 2022 rend gratuites la consultation et la contraception pour les mineures et femmes de moins de 26 ans. Et il existe maintenant une consultation gratuite pour les garçons, qui permet de discuter sexualité, contraception, maladies sexuellement transmissibles... C'est très mal connu, y compris des professionnels de santé. »

« Les réseaux sociaux sont une source d’informations très utilisée par les jeunes femmes. Le problème des réseaux sociaux, c'est qu'il y a parfois de très bonnes choses et parfois des informations totalement fausses, des fake news sur les contraceptifs. Le travail des professionnels de santé consiste à redonner des informations justes. Ça nécessite un vrai temps de discussion. »

Danielle Hassoun est gynécologue obstétricienne. Elle a été responsable d'un centre d'interruption volontaire de grossesse en Seine Saint-Denis et a collaboré à des recherches sur les échecs de contraception et les représentations de la ménopause. Elle est aujourd’hui experte auprès d'ONG internationales pour former et promouvoir des nouvelles technologies dans les domaines de la santé reproductive, dont l’avortement médicamenteux.

« Depuis la loi de 1967 qui légalise la contraception médicale, les inquiétudes envers la pilule n'ont pas tant évoluées que ça. La crainte des effets sur la santé était déjà présente. Les questions posées étaient similaires à celles posées aujourd'hui par les lycéens et lycéennes. Les jeunes femmes se plaignent d’effets, comme la baisse de libido, l’acné, la prise de poids... Ce que les professionnels de santé appellent les « petits maux ». Mais les femmes sont plus souvent confrontées à ces « petits maux » qu'à des graves effets indésirables, comme les risques thromboemboliques, auxquels les médecins s’attachent davantage, notamment depuis les scandales sanitaires de 2013. Les femmes se sentent moins entendues, alors qu’elles sont confrontées à ces « petits maux ». »

« Pour présenter l’ensemble du panel contraceptif, le temps de consultation devrait être d’au moins trente minutes. C’est rare qu’elle dure aussi longtemps. On se concentre donc sur les dispositifs les plus utilisés... Cela compromet le choix libre et éclairé des patientes. Il y a une faille dans l'accès à l'information. On ne prend pas assez le temps de développer les pour et les contre de chaque moyen contraceptif. »

« Parmi la dizaine de moyens contraceptifs qu'il existe, l’écrasante majorité est à destination des femmes. Et parmi ces moyens, la majorité est à fonctionnement hormonal, donc nécessite de faire la démarche d'aller consulter auprès d'un professionnel. Tout cela représente une charge mentale importante et très déséquilibrée entre les femmes et les hommes. »

« L’implication des hommes dans la prévention d’une grossesse non prévue dépend du type de relation. Les hommes s’impliquent davantage dans le cadre de relations dites « stables » pour prévenir une grossesse non prévue et si cela ne compromet pas leur plaisir sexuel. Dans le cadre de relations plus « occasionnelles », les garçons vont davantage avoir peur des infections sexuellement transmissibles et vont chercher à protéger leur propre corps. »

Leslie Fonquerne est socio-anthropologue, rattachée au laboratoire Certop (Centre d'étude et de recherche travail, organisation, pouvoir) de l’Université Toulouse II - Jean Jaurès. Elle est membre du laboratoire junior Contraception & Genre, qu’elle a intégré pendant sa thèse intitulée « (Faire) Avaler la pilule. Une sociologie des prescriptions et des usages d’une contraception « en crise »».

 

Références conseillées par les invités

 

 

Consulter le dossier pédagogique de la thématique Santé

 

au crible de la science
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Le podcast Au Crible de la Science est une coproduction Exploreur Université fédérale Toulouse Midi-Pyrénées - Quai des Savoirs.
Présentation : Valérie Ravinet
Préparation : Catherine Thèves
Réalisation : Arnaud Maisonneuve
Technique : Thomas Gouazé

Production radiophonique conçue en partenariat avec le Ministère de la Culture, l'Académie de Toulouse, le CNRS et Campus FM.